15 juil. 2019

Conférences Réveil Matin #3 : Data & ville : quelles infrastructures ?

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Retrouvez l’essentiel de la troisième conférence Réveil Matin organisée par la Maison de l’architecture d’Île-de-France et habx.

Souvent annoncé comme en retard dans son processus de digitalisation, le secteur de l’immobilier accélère désormais sa transformation numérique, avec notamment l’utilisation croissante de la DATA dans les projets urbains.

Si elles sont sources de nombreux effets positifs, ces mutations générées par les possibilités numériques apportent avec elles leur lot de questionnements.

Fort de cette constatation, La Maison de l’architecture IDF et habx organisent un cycle de conférences sur l’utilisation de la data dans les projets à l’échelle de l’habitat, du quartier et enfin de la ville.

Animées par Bernard Michel, elles font intervenir des architectes, promoteurs et acteurs du secteur public qui analysent l’impact à moyen et à long terme de cette révolution technologique sur leurs métiers et leur secteur.

La troisième table ronde concentrait la réflexion à l’échelle de la ville.
Pour les intervenants de cette table ronde la data peut répondre à deux questions éminemment importantes : l’enjeu climatique et la constitution d’une ville plus accueillante.

affiche

La data : un outil pour inventer la ville de demain au service du bien-être de ses habitants

L’échelle urbaine est un enjeu majeur, aujourd’hui et encore plus demain, lorsque « 8 milliards de personnes vivront en ville en 2050 », comme l’annonce Benjamin Delaux, président de ~habx~, en ouverture de la conférence.
Il est devenu indispensable de réfléchir aux conséquences du doublement de la population mondiale d’ici 30 ans, et de ce que cela implique dans notre réflexion de la construction urbaine, et aux impacts inévitables sur l’environnement, la mobilité, le lien social, et le bien être des habitants.

La data est pour lui outil qui peut nous permettre d’inventer une nouvelle façon d’imaginer la ville de demain : Elle doit aider à capter des besoins, des habitudes, des micro expressions qui permettront de concevoir des habitations plus abordables et désirables, en prenant en compte l’impact sur l’environnement.

A la veille du doublement de la population mondiale d’ici 30 ans, il est indispensable de réfléchir aux changements que cela implique dans la réflexion de la construction urbaine

Benjamin Delaux, Président - habx

Benjamin Delaux, Président - habx

Dans ce contexte d’urbanisation exponentielle, la gestion de la mobilité apparaît pour tous comme un des enjeux majeurs pour les acteurs de la ville de demain. Il faut répondre aux décalages très forts qui ont été créés entre les désirs des habitants et les villes construites, et sortir des préceptes de planifications qui prévalent.

Stéphane Theuriau - Managing Director, BC Partners Real Estate parle de villes “créatrices de malheur”, très ségreguées, marquées par la création de mouvement pendulaires quotidiens et l’explosion des temps de transports (ils ont doublé en 10 ans), avec des impacts sociaux et environnementaux très lourds.

l’utilisation de la donnée peut permettre de répondre aux décalages très forts qui ont été créés entre les désirs des habitants et les villes construites, et sortir de ces villes “créatrices de malheur.

Stéphane Theuriau, Managing Director, BC Partners Real Estate

Stéphane Theuriau, Managing Director, BC Partners Real Estate

Le futur de la ville ne peut s’imaginer que par une réinvention de sa structure : il faut passer de la conception actuelle de la ville avec ses centres-villes historiques, à la création artificielle et rapide de nouvelles centralités périphériques. Ces dernières permettraient d’éviter les mouvements pendulaires quotidiens et d’ainsi réduire l’utilisation quotidienne de la voiture, en favorisant les transports en commun et la micro-mobilité.

La data apparait alors comme un moyen mis à la disposition de cette ambition, pour confirmer l’intérêt d’investir dans des endroits désirables, “bien que non validés par l’histoire”. Elle permettra ainsi d’éviter l’échec de certaines villes nouvelles des dernières décennies - car non désirables pour les habitants - qui a eu comme conséquence de recréer de l’étalement entre elles et Paris et d’amplifier les mouvements pendulaires quotidiens.
Pour Alberto Rocha - Architecte et trésorier de la Maison de l’architecture Idf, il faut effectivement “intégrer la data au service du projet”.

Du point de vue de Djamel Klouche - architecte-urbaniste à l’AUC, c’est « l’urbanisme qui doit être smart, et non la ville » pour se « mettre au service d’une ville plus soutenable et plus horizontale où tous les habitants s’y retrouvent ».

Il faut repenser et réinventer les infrastructures de la ville de demain. Aujourd’hui, tout est pensé selon des infrastructures imaginées depuis un siècle.

Djamel Klouche - Architecte Urbaniste,

Djamel Klouche - Architecte Urbaniste,

Une association nécessaire entre les acteurs publics et privés pour mettre en œuvre une « vraie vision stratégique et sociale ».

Bernard Michel - Président de Viparis et de Real Estech Europe, abonde dans ce sens : « Toutes les demandes de souplesse, de flexibilité, de nouveaux partages, de solidarité et d’inclusion peuvent être traitées par les nouvelles technologies ». Mais pour ce faire, il est nécessaire que les acteurs publics et privés s’associent pour mettre en œuvre une « vraie vision stratégique et sociale », car se pose le problème du financement des infrastructures de DATA.

Toutes les demandes de souplesse, de flexibilité, de nouveaux partages, de solidarité et d’inclusion peuvent être traitées par les nouvelles technologies. Mais pour ce faire, il est nécessaire que les acteurs publics et privés s’associent pour mettre en œuvre une vraie vision stratégique et sociale.

Bernard Michel, Président Viparis et Real Estech Europe

Bernard Michel, Président Viparis et Real Estech Europe

Djamel Klouche rebondit : c’est au secteur public de décider, de réinventer les infrastructures et la ville de demain, même s’il n’a pas totalement les moyens de financer cette infrastructure seul et qu’il doit s’appuyer sur le secteur privé.
Pour lui, une totale privatisation doit être redoutée car l’exploitation et l’analyse de la donnée se mettent alors au service d’un autre objectif que le bien public.

Bernard Michel renchérit et pointe le problème du retard pris par le secteur public sur ces problématiques : “c’est l’univers privé qui tire les chose, et l’univers public qui a du mal à ajuster et améliorer les infrastructures à hauteur de la demande.”

En résulte un décrochage entre le secteur public en retard et l’avance prise par le secteur privé : « La France n’a pas pris conscience des enjeux du numérique face à l’évolution du monde et des usages (notamment pour ce qui touche à la mobilité). Les solutions viennent surtout de l’étranger. » Djamel Klouche approuve en citant la puissance de Google qui est en mesure de « redéfinir entièrement les mobilités d’une ville ».

Google risque de devenir l’urbaniste du Monde

Djamel Klouche, Architecte-Urbaniste

Djamel Klouche, Architecte-Urbaniste

Une perte de souveraineté de la part du public et une hégémonie grandissante du privé qui inquiète, à l’heure où les Gafa et d’autres acteurs privés avancent, eux, sur le chemin de la transformation numérique à grands pas.

15 juil. 2019
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